Assurance dommages-ouvrage : une précaution indispensable avant de signer pour de gros travaux
- il y a 2 jours
- 3 min de lecture

Faire réaliser de gros travaux dans un bien immobilier représente souvent un investissement conséquent. Extension, surélévation, rénovation lourde, reprise de toiture, modification de murs porteurs ou travaux d’étanchéité : ces opérations peuvent valoriser un bien, mais elles comportent aussi des risques importants en cas de malfaçons.
Avant de signer un devis ou un marché de travaux, il est donc essentiel de vérifier si une assurance dommages-ouvrage doit être souscrite. Cette assurance permet au propriétaire d’être indemnisé rapidement en cas de désordres graves, sans devoir attendre qu’un tribunal détermine la responsabilité de l’entreprise ou des autres intervenants.
1. Qu’est-ce que l’assurance dommages-ouvrage ?
L’assurance dommages-ouvrage est une assurance souscrite par le maître d’ouvrage, c’est-à-dire la personne pour le compte de laquelle les travaux sont réalisés.
Elle a pour objectif de préfinancer les travaux de réparation des dommages relevant de la garantie décennale. En pratique, si un désordre grave apparaît après les travaux, l’assureur dommages-ouvrage indemnise le propriétaire, puis se retourne ensuite contre les constructeurs ou leurs assureurs.
Cette assurance évite donc au propriétaire d’avoir à avancer lui-même le coût des réparations ou à attendre l’issue d’un contentieux souvent long et technique.
2. L’assurance dommages-ouvrage est-elle obligatoire ?
Oui. En principe, toute personne qui fait réaliser des travaux de construction ou de rénovation importants doit souscrire une assurance dommages-ouvrage avant l’ouverture du chantier.
Cette obligation concerne notamment les propriétaires particuliers, les sociétés civiles immobilières, les vendeurs après travaux, les promoteurs ou encore les syndicats de copropriétaires.
En pratique, cette assurance est souvent connue pour les constructions neuves, mais elle est fréquemment oubliée en matière de rénovation lourde.
Pourtant, certains travaux de rénovation peuvent parfaitement relever de la garantie décennale, notamment lorsqu’ils affectent la structure, la toiture, l’étanchéité, les fondations ou les éléments indissociables de l’immeuble.
Quelle différence avec l’assurance décennale de l’entreprise ?
L’assurance dommages-ouvrage ne doit pas être confondue avec l’assurance décennale de l’entreprise.
L’assurance décennale est souscrite par les constructeurs. Elle couvre leur responsabilité pendant dix ans à compter de la réception des travaux lorsque des désordres graves apparaissent.
L’assurance dommages-ouvrage, elle, est souscrite par le maître d’ouvrage. Elle permet d’obtenir une indemnisation rapide, sans attendre que la responsabilité de chaque intervenant soit établie.
Autrement dit, l’assurance décennale répond à la question : qui est responsable ?L’assurance dommages-ouvrage répond à la question : comment financer rapidement les réparations ?
Les deux assurances sont donc complémentaires.
Pourquoi souscrire avant de signer les devis ?
L’assurance dommages-ouvrage doit être souscrite avant l’ouverture du chantier. Toutefois, il est recommandé d’anticiper cette question avant même de signer les devis ou les marchés de travaux.
En effet, certains assureurs peuvent refuser de garantir un chantier déjà commencé. Ils peuvent également exiger plusieurs documents : devis détaillés, plans, attestations d’assurance décennale, descriptif des travaux, étude technique ou contrat d’architecte.
Cette étape permet aussi de vérifier que les entreprises intervenantes sont correctement assurées pour les travaux qui leur sont confiés. Une attestation décennale doit toujours être contrôlée attentivement : activité assurée, période de validité, nature des travaux couverts et éventuelles exclusions.
Signer sans cette vérification peut exposer le propriétaire à des difficultés importantes en cas de sinistre.
Quels sont les risques en l’absence d’assurance dommages-ouvrage ?
L’absence d’assurance dommages-ouvrage peut avoir des conséquences lourdes.
En cas de malfaçons graves, le propriétaire devra souvent financer lui-même les travaux de réparation, puis engager des recours contre les entreprises ou leurs assureurs. Ces procédures peuvent durer plusieurs années, notamment lorsqu’une expertise judiciaire est nécessaire.
L’absence d’assurance peut également poser difficulté lors de la revente du bien. Si des travaux importants ont été réalisés depuis moins de dix ans, l’acquéreur, son notaire ou sa banque peuvent s’interroger sur l’absence de couverture. Cela peut entraîner une négociation du prix, une perte de confiance ou un blocage de la vente.
Enfin, en cas de désordres après la vente, le vendeur peut être impliqué dans un litige avec l’acquéreur.
****
Avant de signer pour de gros travaux, l’assurance dommages-ouvrage doit faire partie des premières vérifications à effectuer. Elle constitue une protection essentielle contre les conséquences financières des malfaçons graves.
Obligatoire dans de nombreux cas, elle permet surtout d’obtenir une indemnisation rapide des réparations, sans attendre l’issue d’un litige entre les différents intervenants au chantier.
Pour un projet de construction, d’extension ou de rénovation lourde, il est donc vivement recommandé d’anticiper cette question avant la signature des devis et le démarrage du chantier.
Vous envisagez des travaux importants dans un bien immobilier ?Un accompagnement juridique en amont peut vous permettre de vérifier les garanties nécessaires, sécuriser les contrats et limiter les risques en cas de malfaçons.
Par Maître Camille Joly, Avocate en droit immobilier à Saint-Germain-en-Laye

